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Philippe Touzy

« Rendre les hôpitaux acteurs de la gestion prévisionnelle »

Au siège de l’AP-HP, un service a été mis en place pour piloter la gestion prévisionnelle des emplois et compétences. « On s’est organisé, précise Philippe Touzy de la Direction du personnel et des relations Sociales à la Direction générale de l’AP-HP, car nous fonctionnons en réseau avec une quarantaine d’établissements qui sont pris par le quotidien, par la négociation sociale, par la gestion individuelle des carrières… Ils n’ont pas beaucoup de temps à consacrer à la GPEC. Nous avons donc élaboré une base de données et une méthodologie. Le fait déclencheur a été l’ouverture de l’hôpital européen Georges Pompidou car, à l’époque, l’enjeu était la gestion d’une masse importante de personnes à transférer pour l’ouverture de ce nouvel établissement, avec, en plus, une réflexion sur les compétences. Nous travaillons donc depuis une bonne dizaine d’années sur le sujet. »

L’AP-HP c’est 90 000 personnes dont 72 000 agents non médicaux qui sont concernés directement par la GPEC.

Le premier pas consiste à avoir un historique, à faire un état des lieux. « C’est très long de savoir combien on est et qui on est, précise Philippe Touzy. A t-on à faire à des titulaires, des contractuels, des stagiaires, sont-ils à durée déterminée… et que font-ils ?

Il faut commencer par positionner les gens dans les différentes structures, ce qui suppose qu’on ait, au préalable, standardisé les appellations des services. C’est un balayage de ce qu’on appelle ici le “fichier des structures”. Dans un deuxième temps, il a fallu mettre en place le répertoire des métiers afin d’attribuer un métier à chacun. Aujourd’hui c’est fait à 96 %. Il ne reste que de petits problèmes mineurs sur certains métiers spécifiques. Nous sommes seulement au début de la démarche “métiers”. Avant nous avions l’habitude de ne raisonner qu’en statuts. C’est une démarche complémentaire. Ce n’est pas la fin du statut. C’est une façon de mettre en valeur les compétences des agents. C’est complémentaire, ce n’est pas substitutif.

Si les métiers émergents restent assez marginaux, un travail particulier a été effectué sur une dizaine d’entre eux comme les techniciens d’information médicale pour lesquels une filière devrait être créée. Ces “techniciens de services hospitaliers” devraient être identifiés avec la spécialité « informatique médicale » ce qui est très important notamment pour le codage des actes. Ce positionnement d’agents venant d’horizons divers dans une filière professionnelle bien identifiée permet de leur proposer une carrière. Autre exemple, les aides-soignantes, infirmiers et rééducateurs qui prennent en charge les personnes ayant des difficultés de communication dans les services de gériatrie ou pour les handicapés. Il s’agit, dans ce cas, de faire reconnaître le secteur de gérontologie comme source d’apprentissage de compétences spécifiques pour améliorer son attractivité et y fidéliser le personnel. L’idée est de valoriser, via la certification interne, les compétences acquises par ces professionnels pour qu’elles soient un plus dans la suite de leur parcours.

La prochaine étape, outre l’amélioration du répertoire des métiers, consiste à rendre les hôpitaux davantage acteurs de la gestion prévisionnelle. Au niveau institutionnel, on a une vision globale assez complète pour l’Assistance Publique. Quant on élabore le budget de l’AP on peut donner une vision de recrutement, de départs à la retraite, ou d’entrées, par catégories de personnels. Mais, quand on entre dans le détail, par hôpital, c’est trop parcellaire. Dans certains cas il y a de trop petits volumes pour faire de la GPEC et dans d’autres cas les établissements ne se sont pas encore penchés vraiment sur le problème. Or, la T2A qui demande un tableau prévisionnel des effectifs rémunérés met d’emblée les hôpitaux dans une logique de prévision. Par ailleurs, on est passé à un fonctionnement en masse salariale avec une prévision à N+1 avec les flux de recrutement et de départs… Donc on ne peut plus se dispenser d’avoir une vision prévisionnelle, au moins à N+1, voire à 3 ou 4 ans. Cette année nous faisons en sorte que les hôpitaux affinent leurs prévisions et les fiabilisent. »

Une logique de prévision
L’AP-HP s’est dotée de deux outils majeurs :
• une base de données sous intranet “Pilote RH” qui donne un historique sur 4 ans des effectifs, des pyramides des âges standardisées, des modules sur l’absentéisme ou des modules de flux (entrées et sorties par types). Il y aura aussi un module “tableau de bord” permettant aux hôpitaux de se comparer.
• un outil de prévision “Pégase” pour faire des projections à partir d’un historique par catégories de personnel.
« A taille critique comparable, les hôpitaux peuvent savoir s’ils ont le même nombre de personnes dans tel ou tel secteur, s’ils recrutent mieux ou moins bien que les autres… précise Philippe Touzy. C’est une logique de benchmark permettant d’identifier un problème qui se révélerait spécifique à un établissement. On veut progresser aussi sur le benchmarking “extérieur” et de ce point de vue nous sommes très attentifs aux travaux de l’ARH auxquels nous souhaitons participer. Nous voulons pouvoir faire des comparaisons au niveau régional ainsi qu’avec les autres CHU. Nous avons besoin d’outils qui nous permettent de nous comparer aux autres, comme nous l’avons fait sur l’absentéisme ou sur le calcul des prévisions de retraites. »

Parmi les grands enseignements qu’on peut d’ores et déjà tirer des travaux sur la GPEC figure un meilleur fonctionnement des relations sociales. « Les partenaires sociaux sont rassurés lorsque l’on présente des scénarios. Les relations sont facilités, le dialogue social est renouvelé sur des bases claires et nous sortons d’un climat souvent fondé sur le soupçon ou l’angoisse pour avoir des éléments objectifs. Chacun a bien compris que la prévision n’était pas un outil dirigé contre le personnel mais qu’au contraire, cela permettait d’avoir une visibilité. Tout le monde y a intérêt, aussi bien budgétairement que socialement.

L’ARH a fait un très bon travail avec le guide pratique et méthodologique. L’agence peut servir d’aiguillon et nous avons tous besoin d’un outil partagé. »

« Nous avons besoin d’outils qui nous permettent de nous comparer aux autres »

 

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