« La moitié des effectifs sera renouvelée
dans 15 ans »
La “gestion prévisionnelle métiers-compétences”
est une démarche que l’AP-HP essaye d’impulser
depuis une douzaine d’années. En 1994 un guide
méthodologique avait déjà été
réalisé et apprécié mais assez
peu suivi dans la réalité. En 2001, la mise
en place de l’observatoire national des emplois et
des métiers de la fonction publique hospitalière
avec une très large représentativité
a créé une sorte de réceptacle de toutes
les réflexions et des prospectives sur les emplois
et les compétences. Le volet quantitatif a permis
par exemple de prévoir tous les départs à
la retraite et le volet qualitatif a débouché
sur la création du répertoire des métiers.
Ces premières études ont mis en évidence
des tendances fortes. Ainsi, parmi les personnes qui étaient
présentes au début 2000, 50 % ne seront plus
là en 2015. Il s’agit donc d’un énorme
renouvellement lié au papy-boom. La moitié
des effectifs sera renouvelée en 15 ans !
« L’observatoire a légitimé les
démarches, précise Richard Barthès,
chargé de mission à la Direction de l’hospitalisation
et de l’organisation des soins. Nous avons commencé
par repérer et identifier les métiers (et
non les statuts ou les grades), puis à les classer
par proximité dans une nomenclature. C’est
un classement par arborescence par sous-familles, familles
et domaines. Cette cartographie regroupe 183 métiers
que nous avons décrits en termes de savoir-faire,
de connaissances, d’équivalences statutaires,
d’évolution etc. Il faut noter que 70 à
80 % des effectifs se trouvent sur
20 % des métiers. On pourrait résumer ainsi
: beaucoup de métiers mais beaucoup d’effectifs
sur peu de métiers “cœurs”.
Après cette première “brique”
apportée à l’édifice, nous avons
mis en place une politique de diffusion, non seulement pour
faire connaître le répertoire des métiers
mais surtout pour inciter les établissements à
passer d’une gestion administrative à une gestion
des ressources humaines. Les enjeux sont tels qu’il
convient d’arriver à une gestion plus qualitative
avec des aspects de formation, d’évaluation,
d’organisation des conditions de travail ou de participation
des personnels… »
En amont du répertoire des métiers, qui
est sorti fin 2004, c’est la modernisation de la gestion
des ressources humaines dans les hôpitaux qui est
en jeu. Des opérations de sensibilisation et 180
sessions de formation ont été organisées.
« A la rentrée 2007, précise Richard
Barthès, nous lançons l’actualisation
du répertoire des métiers pour avoir une version
2 fin 2008. Autre aspect important : le répertoire
des métiers a un côté très pédagogique
car la méthodologie va pouvoir être utilisée
sur beaucoup d’autres domaines. Les grands dossiers
seront abordés avec un regard “métiers-compétences”,
et même l’approche statutaire va en bénéficier.
»
Déterminer des facteurs d’évolution
Beaucoup d’établissements, n’ont pas
encore de cartographie métier et il convient de commencer
par bien gérer au quotidien les notions de métiers
et de compétences avant de se lancer dans une gestion
prévisionnelle. Dans un premier temps, faire du recrutement
avec des métiers, gérer le plan de formation
par métier, identifier les possibilités de
mobilité de métier à métier,
élaborer des parcours professionnels, aborder la
question de la deuxième carrière… sont
des démarches essentielles.
Connaître les métiers présents dans
un établissement ainsi que les effectifs par métier
a constitué une première étape décisive.
« L’AP-HP a pratiquement fini de classer ses
90 000 salariés par métiers. Ce sont des informations
que l’on n’avait pas auparavant. Une fois ce
travail effectué on peut déterminer une politique
de recrutement par rapport aux gens qui exercent effectivement
un métier précis. »
Au delà du diagnostic, il convient de regarder ce
qui va changer en déterminant des facteurs d’évolution
puis de projeter l’organisation future. « Au
fond, dit Richard Barthès, la GPEC c’est la
gestion de l’écart entre l’état
des lieux et le futur. Cela nous conduit à travailler
sur des métiers sensibles avec une prévision
à 5 ans-10 ans. La première étape pour
déterminer les facteurs d’évolution
comprend le travail sur les sources documentaires, les «
groupes focus » avec des professionnels et l’audition
d’experts, de “ grands témoins”.
Nous avons pu déterminer une dizaine de facteurs
d’évolution comme la démographie, la
demande des usagers, l’organisation interne (gouvernance,
pôles…), l’évolution des technologies
et des pratiques de soins… Un document source va être
bientôt disponible, avec une synthèse sur le
site du ministère. Nous avons ensuite mesuré
l’impact de ces facteurs d’évolution
sur les métiers et nous avons retenu une vingtaine
de métiers “sensibles”, c’est-à-dire
ceux sur lesquels on attend le plus d’impact. Le travail
est en cours sur les dix premiers métiers parmi lesquels
infirmier, aide-soignante, auxiliaire de puériculture,
manipulateur radio, métiers de la nouvelle gouvernance
(cadre de pôle, cadre administratif, contrôleur
de gestion), acheteur, directeur des systèmes d’information,
secrétaire médicale…) Pour chaque métier
nous avons auditionné dans des établissements
de toute nature, avec un large éventail, afin de
recueillir une masse d’informations. Parallèlement,
des “groupes métiers” ont été
mis en place avec des experts de 10 métiers. »
Une monographie est en cours d’élaboration
avec le métier tel qu’il est aujourd’hui,
avec ce qui va agir sur lui et le métier tel qu’on
le voit demain avec des propositions sur le niveau de recrutement,
la formation etc. Les 10 premières monographies seront
prêtes avant l’été, les dix autres
seront réalisées à partir de la rentrée.
« Nous travaillons pour donner aux établissements
les outils nécessaires pour passer à une démarche
de gestion des compétences avec des échelles
de savoir-faire. La nouvelle gouvernance implique des comportements
nouveaux avec une approche beaucoup plus qualitative. L’implication
du personnel devient de plus en plus importante sur l’autonomie
dans le travail, la participation à la décision…
avant même la rémunération !
L’échelon régional est très
important pour aboutir. Il faut des échanges, des
partages d’expériences. Les établissements
doivent à la fois être attractifs et aptes
à fidéliser. Ils ont besoin d’incitation,
de sensibilisation et d’aide. Le niveau régional
c’est le bon niveau car on connaît bien les
établissements, on est proche d’eux, les échanges
sont faciles. C’est très bien pour les ARH
d’avoir les effectifs par métier et c’est
d’autant plus important qu’il faut toujours
rester en veille sur les métiers émergents
».